91 Ans du Président Abdou Diouf :Le Triomphe de la République sur nos Passions (Talla Sylla)
Le temps, ce sculpteur impitoyable et sage, a le don d’éroder les aspérités de l’histoire pour n’en laisser émerger que l’essentiel : la grandeur d’âme et la vérité des hommes. Aujourd’hui, alors que le Président Abdou Diouf célèbre ses 91 ans, le regard que je pose sur l’homme et sur son héritage a traversé le prisme des luttes ardentes pour s’élever vers la sérénité des retrouvailles républicaines.
Comme ce fut le cas avec le Président Abdoulaye Wade, dont nous avons récemment célébré le centenaire, mes rapports avec le Président Diouf n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille. Ils furent tumultueux, passionnés, parfois incandescents, à l’image des convictions qui nous animaient. J’appartiens à cette génération de fer et de feu qu’il qualifia, un jour de tumulte du 26 février 1988, de « jeunesse malsaine ». Une formule malheureuse, née dans la fièvre de l’adversité, qu’il regretta par la suite avec la noblesse qui caractérise les véritables hommes d’État.
Mon engagement patriotique m’a valu de connaître la rudesse des cellules, des arrestations multiples aux séjours à Rebeuss et au Camp Pénal de Liberté 6. Je fus de ceux qui portèrent la voix de la contestation, notamment en tant que porte-parole de la Coordination des Étudiants de Dakar lors d’une audience mémorable avec lui en novembre 1988, au sortir des affres de « l’année blanche ». Nous étions deux forces face à face : le dépositaire de l’autorité de l’État et la fougue d’une jeunesse exigeant une sève nouvelle pour sa démocratie.
Pourtant, c’est dans le dépouillement du pouvoir que se révèle la véritable stature d’un homme. Je garde intact le souvenir ému de notre rencontre à Paris, en 2001. Il n’était plus au pouvoir et j’occupais alors les fonctions de Vice-président de l’Assemblée nationale. Le journal Le Matin avait su capter l’essence de cet instant en titrant : « La fin d’une adversité politique féroce : Abdou Diouf et Talla Sylla sympathisent à Paris ».
Lors de cet échange, s’adressant à moi avec une hauteur de vue bouleversante, l’ancien Chef de l’État me dit : « Je n’ai jamais considéré tes propos comme des attaques contre ma personne. J’ai toujours compris que tu menais un combat politique et un combat patriotique. » Ces mots furent pour moi une victoire morale absolue. Ils témoignaient de manière éclatante que l’intégrité et le dévouement à la Nation transcendent toujours les clivages. Nos divergences n’étaient que l’expression plurielle d’un même amour pour le Sénégal. Cette capacité à séparer l’hostilité politique de l’estime humaine s’illustre également à travers les excellentes relations que j’ai toujours entretenues avec son fils, mon condisciple Makhtar Diouf, dit Pedro, prouvant que les fils du Sénégal demeurent frères par-delà les querelles de leurs pères.
Aujourd’hui, alors que notre cher Sénégal traverse des heures sombres, marquées par les incertitudes et les tensions, le parcours et la sagesse du Président Abdou Diouf résonnent comme une boussole. Son héritage, celui d’un homme d’éthique et de devoir, nous rappelle que la République ne se bâtit pas dans la vindicte, mais dans le dépassement.
Notre pays a, plus que jamais, un besoin vital de concorde, de sérénité et de pardon. Nous devons réapprendre le chemin des retrouvailles autour de l’essentiel : les préoccupations majeures et légitimes de nos concitoyens. Que cet anniversaire soit pour nous tous une occasion de nous réorienter résolument vers la République et ses valeurs cardinales, vers la Démocratie et ses principes inaliénables.
Joyeux anniversaire, Monsieur le Président. Que le Tout-Puissant vous accorde une santé de fer et vous enveloppe de Sa grâce. Puissiez-vous, du haut de vos 91 ans, continuer à inspirer notre Nation par votre humilité et votre profond amour pour le Sénégal.
Talla SYLLA