À l’incomparable Doyen Michaël Mbaye : Le rire d’un sage s’est éteint (Talla Sylla)

Le Doyen Michaël n’est plus. La nouvelle, bouleversante, m’est parvenue dans un silence troublant, comme si l’évidence de notre proximité avait paradoxalement retardé l’écho de son départ. Parce que chacun me croyait déjà le premier averti, j’ai manqué les instants physiques de l’adieu. Pourtant, au-delà de cette absence fortuite à la mosquée ou au cimetière, c’est une présence spirituelle éternelle qui s’installe aujourd’hui, celle d’un monument de la Cité du Rail dont l’empreinte restera indélébile.
Michaël n’était pas seulement le prestigieux chef de protocole de la Gouvernance de Thiès, l’imperturbable sentinelle des indépendances ou le précurseur de l’éducation populaire loué par les siens. Pour moi, il était avant tout mon doyen, mon conseiller, mon ami. Il fut cet homme d’une élégance exceptionnelle, multidimensionnel, que j’avais fièrement nommé conseiller spécial chargé des relations avec les délégués de quartier. Ensemble, nous avons arpenté tant de chemins, et particulièrement ceux de la foi et de la fraternité qui nous menaient, complices, vers Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine, à Tivaouane. C’est à lui, l’homme de confiance par excellence, que le Vénéré guide confiait de délicates missions auprès de ma modeste personne. Il savait tisser les fils de notre communauté avec une diplomatie, une sagesse et une humilité qui n’appartenaient qu’à lui.
Je garde en moi, comme un joyau inaltérable, la lumière d’une anecdote de 1988. J’étais alors plongé dans la fougue de la direction du mouvement des élèves et étudiants, tandis qu’il officiait à la Gouvernance. Il m’avait prêté un livre. Le jour où il voulut récupérer son ouvrage, je lui servis cette sentence de Serigne Cheikh Ahmed Tidiane SY Al Maktoum : « Entre celui qui dispose d’un excellent livre et le prête et celui à qui on prête un excellent livre et qui le rend, qui est le plus fou ? » J’ajoutai avec assurance : « Je refuse d’être le fou. » Et cet homme, véritable carrefour de la religion, de la diplomatie, de la politique et de la culture, éclatait alors de ce rire généreux et profond dont lui seul détenait le secret.
Homme de l’enracinement et de l’ouverture chers au président Senghor, bâtisseur de rêves et terre de germination des plus belles fraternités, Michaël Mbaye était l’incarnation d’une cohérence intellectuelle absolue. Il portait en lui un lyrisme forgé à la dimension de son immense humanité.
Aujourd’hui, Thiès pleure un pan glorieux de son histoire. Je pleure un confident dont le dynamisme proverbial, la sagacité et le dévouement me manqueront cruellement. Que la terre lui soit légère, et que son exemple, phare inépuisable, continue d’illuminer la marche des générations futures vers un Sénégal meilleur.
Repose en paix, mon cher Doyen.

Talla SYLLA

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