Les contorsions abominables de la politique (Ousseynou Keïta)
Au delà du métier, du parti et des intérêts individuels, les Grecs , désignaient la politique, Le Politicos comme l’art noble de s’occuper de la cité, de la république.
Le citoyen, Le Polites , quittait ses activités, son idios pour monter à l’Agora et par la parole et la raison, le logos, cherchait et défendait le bien commun. L’homme disait Aristocrate est un animal politique. Hors de la cité il n’est rien.
Ce que nous voyons aujourd’hui n’est plus Le Politicos. Cette activité noble altruiste volontariste valorisante empreinte d’étique de loyauté et de dignité au service primordial voire exclusif de la cité , de la république.
Mais bien plutôt sa contorsion sa grimace sa trahison.
L’homme politique contemporain , n’est pas préoccupé par les problèmes de la cité . Il s’installe allègrement dans le confort de l’égoïsme sournois et l’insouciance de l’égocentrisme effronté. Il inverse unilatéralement et volontairement la hiérarchie des valeurs, celle des obligations et des priorités . Il accroche ses intérêts individuels, ceux de son clan et de son parti au fronton de la pyramide, pour ne laisser à la république et aux citoyens que les restes, broutilles et vomissures, c’est à dire les slogans creux et populistes et la promesse de lendemains enchanteurs qui ne viennent jamais.
Il ne s’appuie pas sur un programme structuré ni quantifiable. Il ne cherche pas à convaincre, il ruse pour exister et se maintenir. Il ne débat pas pour éclairer la lanterne ni même étayer les énigmes malicieusement placées en embuscade , il manœuvre pour survivre. Le logos, ou l’art de persuasion, cède la place à la tactique , la conviction à la posture . C’est cela la contorsion : se tordre se plier se renier pourvu que les intérêts soient saufs.
L’accession de PASTEF au pouvoir était annoncée en grande pompe comme la fin des contorsions honteuses et affligeantes marquant d’une pierre incandescente la rupture fracturaire irréversible et l’annonce de l’embellie tant promise et attendue sous le voile d’un souverainisme béguayant. Elle en a été, paradoxalement, l’accélératrice effrénée.
On nous avait promis un bicéphalisme sans fard, loin du cauchemar de 1963 qui hante encore les esprits. Parce que nous disait- on, lui c’est moi et moi c’est lui. En somme une seule âme en deux corps . Comme Montaigne et Etienne de la Beotie. L’amitié parfaite quoi, la fusion des âmes .
Seulement cette amitié là, s’oppose aux amitiés ordinaires, fondées sur l’habitude les convenances ou l’intérêt. Au départ, il ne s’était en effet agi que d’une brindille de brouille, que certains qualifiaient d’ailleurs d’humoristiques , une saute d’humeur en quelque sorte; pour d’autres, une taquinerie confraternelle, sans incidence majeure sur la suite et que l’on comptait pour du beurre. Puis surgit la fissure qui s’amplifia et s’étira démesurément.
La brouille légère que l’on pensait insignifiante s’est cristallisée. Elle s’est transformée en divergence assumée , puis en rivalité ouverte , en divorce politique consommé et enfin par réflexe d’auto défense et de survie politique, a suscité et conduit à la création d’un parti état qui recrute tous azimuts sans pudeur et sans se préoccuper d’étique ni de valeur, et qui en plus, proclame sans sourciller urbi et orbi qu’il n’ira aux élections que lorsqu’il se sentira prêt donc d’aplomb. Autrement dit arrimer le calendrier républicain aux désidératas d’un parti politique ou plus prosaïquement l’état au service d’un parti.
Le plus surprenant dans tout cela, que dis je, le plus renversant c’est cette capacité ou plutôt cette manie qu’ont les politiciens à tirer le vrai du faux et inversement.
Cette faculté extraordinaire et enivrante de rédemption dont ils se targuent et qui les amènent à adouber aujourd’hui ceux qu’ils ont dénoncé avant et à rebours à vilipender au gré des circonstances et des intérêts les amis ou pseudos amis d’hier.
À partir de ce moment l’arithmétique a remplacé l’éthique . Il a fallu compter.Compter ses soutiens, sécuriser ses fidèles, s’acheter au besoin des alliés. Peu importe d’où ils viennent.
Et alors s’offre à nous le spectre le plus affligeant de la vie politique récente du Sénégal ; l’ignominie des alliances contre nature.
Des politiciens identifiés et reconnus, exsangues d’étique , vidés de toute morale, préoccupés uniquement par leur survie, ont été repêchés, blanchis, et sont adoubes au nom d’un prétendu pragmatisme.
Ces alliances la, sont avilissantes dégradantes immorales. Elles ne trompent personne et sont contre productives.
C’est à se demander, en outre, pourquoi a- t- on démantelé des institutions telles que le HCT et le CES au motif absurde qu’elles sont inutiles et budgétivores pendant que le débat impossible sur les fonds secrets a révélé des choses plus traumatisantes, à des stations insoupçonnées. La vérité est tout autre. Elle est profondément politico- politicienne. Ces institutions existent partout, et en plus d’être utiles, n’en déplaise à leurs fossoyeurs , elles contribuent au bon fonctionnement à la stabilité et à la marche de l’état. Elles faisaient en plus vivre des milliers de sénégalais.
Mais alors pendant que ce bal des vampires s’organise, qui pense aux sénégalais ? Qui se préoccupe du panier de la ménagère ? Qui se soucie des diplômés sans emploi ? Qui s’offusque de l’école qui s’effondre ? Personne. Le pays vrai, le pays réel, les laisse figés et totalement indifférents.
La politique n’est pas l’art de se maintenir à des strapontins mais le sacerdoce de servir l’état et la république.
Alors nous disons sans contorsion, cette politique- là nous n’en voulons pas.
Nous n’en voulons pas parce qu’elle est sale.
Nous n’en voulons pas parce qu’elle a trahi l’espoir suscité .
Nous n’en voulons pas parce qu’elle préfère l’addition des opportunismes à celle des convictions.
Nous ne nous situons ni dans leurs contorsions ni dans leur cirque.
Nous sommes pour la reconstruction d’une politique vertueuse. Une politique ou l’on préfère perdre avec le peuple que de gagner sans lui.
Cela passera peut être cette fois encore par une coalition. Qu’à cela ne tienne. Mais une coalition vraie, propre , constituée de partis et de personnes qui respectent le peuple d’abord, aiment le Sénégal profondément et qui se reconnaissent mutuellement, des qualités de démocrates et un sens républicain indiscutable, seuls garants de la paix sociale et de la stabilité dont a besoin le pays pour poursuivre sa marche vers le développement.
Ousseynou Kéita.