Loi de finances rectificative : les 31 milliards de baissé sur le budget de l’éducation à l’épreuve des faits
La baisse annoncée de 31 milliards de francs CFA du budget du ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre de la loi de finances rectificative, suscite des commentaires qui méritent d’être confrontés aux faits.
Présenter cette évolution comme un désengagement de l’État vis-à-vis de l’école, sans en expliquer les causes, revient à tirer une conclusion hâtive d’un chiffre qui, à lui seul, ne dit pas toute la réalité.
Une question essentielle s’impose : ces crédits ont-ils été supprimés ou transférés vers un autre département ministériel ?
Une première évidence mérite d’être rappelée : le transfert de la Direction des Constructions scolaires du ministère de l’Éducation nationale vers le ministère chargé des Infrastructures, conformément au décret de répartition des services de l’État, a été acté par la passation de services entre les deux ministres le 18 décembre 2025.
Or, les constructions scolaires représentent un poste budgétaire important dans les investissements liés à l’éducation : construction de nouvelles écoles et de salles de classe, réhabilitation des établissements et amélioration des infrastructures scolaires. Le transfert de cette direction est donc susceptible d’entraîner le transfert des crédits correspondant à ses missions et, par conséquent, une diminution du budget affiché du ministère de l’Éducation nationale.
Il convient dès lors de distinguer deux réalités : la baisse du budget d’un ministère et la baisse des ressources globalement consacrées à l’éducation. Lorsqu’une compétence change de tutelle, les crédits qui lui sont associés peuvent être réaffectés à un autre département sans que cela signifie nécessairement une réduction de l’effort financier de l’État.
Si les 31 milliards annoncés correspondent effectivement aux crédits transférés, il serait donc réducteur d’y voir automatiquement une amputation équivalente des moyens destinés à l’école.
Cela ne dispense toutefois pas les autorités de garantir une coordination étroite entre les deux ministères, afin que les besoins en infrastructures scolaires continuent d’être définis selon les réalités pédagogiques, démographiques et territoriales.
Le débat doit ainsi porter sur des éléments vérifiables : le montant des crédits transférés, leur nouvelle affectation et les moyens effectivement disponibles pour répondre aux besoins des établissements scolaires. C’est cette comparaison qui permettra de distinguer un simple changement de périmètre budgétaire d’une éventuelle réduction réelle des ressources.
L’éducation nationale mérite mieux qu’une polémique fondée sur la seule lecture d’un chiffre. Elle exige un débat rigoureux, éclairé par les textes et les documents budgétaires, plutôt que des interprétations hâtives susceptibles d’entretenir la confusion.
En définitive, le véritable enjeu n’est pas de savoir si le budget d’un ministère diminue sur le papier, mais de déterminer si les ressources publiques destinées à l’école sont maintenues, correctement affectées et efficacement exécutées.
C’est à cette seule exigence de vérité et de responsabilité que doit répondre le débat sur la loi de finances rectificative.
El Hadji Abdou Wade dit Mara.