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Ils ont tout cassé…(Par Assane Diop, Cercle des Cadres de la République des Valeurs)

Deux ans. Deux ans seulement, et déjà le sentiment d’un pays cassé. Deux ans de pouvoir Pastef et ses Mutants en Kiiraay, deux ans de promesses trahies, deux ans où ceux qui se présentaient en sauveurs ont fini par devenir les principaux responsables d’une cassure économique, sociale et morale. Ils ont tout cassé.

Hier encore, ils étaient les hérauts de l’opposition, les champions de la transparence, les gardiens indignés de la morale publique. Aujourd’hui, ils ont simplement changé de costume, pas de méthode. Pire : ils ont amplifié les travers qu’ils dénonçaient. L’Assemblée nationale, censée être le temple du débat démocratique, est devenue une chambre d’enregistrement sectaire. Les fonds spéciaux, promis à la lumière, sont restés dans l’ombre. La justice, appelée à être indépendante, est instrumentalisée. Les institutions, censées être au service du peuple, sont devenues les otages d’une majorité mécanique et d’egos surdimensionnés. Ils ont cassé l’opposition qu’ils incarnaient. Ils ont cassé l’espoir qu’ils avaient eux-mêmes fait naître.

Et n’oublions pas : la casse avait commencé bien avant leur accession au pouvoir. Déjà dans l’opposition, ils avaient semé les germes de la destruction. Nos infrastructures saccagées, nos commerces pillés, nos croyances religieuses bafouées, le respect de nos institutions foulé au pied. Ce n’était pas de la contestation. C’était du vandalisme politique. Et une fois au pouvoir, ils ont transformé ce vandalisme en méthode de gouvernance.

Regardez autour de vous. Les classes moyennes, colonne vertébrale de toute nation qui se respecte, sont en train de disparaître. Le pouvoir d’achat s’effrite, la vie chère étouffe les ménages, les jeunes diplômés s’entassent dans un chômage de masse. Le taux de chômage élargi dépasse 22%, et la croissance, autrefois fierté nationale, est tombée à genoux, autour de 2,5% en 2026. Le secteur privé, moteur de toute économie moderne, est étranglé par l’incertitude, la défiance et l’improvisation. Les investisseurs hésitent, les entrepreneurs ferment, les projets sont reportés ou annulés. Ce n’est pas la fatalité. C’est le résultat direct de deux ans de gouvernance marquée par l’incompétence, la désinvolture, l’ignorance des réalités économiques et l’égotisme de dirigeants plus préoccupés par leurs luttes intestines que par le destin de la nation. Ils ont cassé les potentialités de croissance. Ils ont cassé la confiance. Ils ont cassé l’avenir.

La vérité, la voici : le Sénégal ne souffre pas d’un manque de ressources. Il souffre d’un excès d’improvisation au sommet de l’État. La rivalité ouverte entre le président et son ex-Premier ministre, actuel président de l’Assemblée nationale, a fragilisé la cohérence de l’action publique. La révélation de milliards de dollars de « dette cachée » a plongé les finances publiques dans une crise de confiance. La rupture brutale avec le FMI nous a fait frôler la banqueroute, isolant le pays sur la scène financière internationale et aggravant une crise déjà profonde. Les promesses de rupture se sont heurtées à l’absence de vision, à des décisions contradictoires, à une communication plus tribunicienne que responsable. Ce n’est pas de la politique. C’est de la gestion de crise permanente, pilotée par des egos qui se croient au-dessus des lois et des réalités. Ce n’est pas de la souveraineté. C’est du souverainisme de façade, sans stratégie, sans rigueur, sans résultats. Ils ont cassé la gouvernance. Ils ont cassé la crédibilité. Ils ont cassé la nation.

Pourtant, le Sénégal n’est pas un pays sans avenir. Bien au contraire. Il dispose d’atouts considérables : une position géostratégique en Afrique de l’Ouest, une démographie dynamique, des ressources naturelles (gaz, pétrole, terres agricoles, halieutiques), un capital humain formé, des relations historiques et économiques avec la France et l’Europe. Mais ces atouts ne serviront à rien si la gouvernance reste dominée par l’incompétence, la désinvolture, l’ignorance et l’égotisme.

Réparer, c’est d’abord mettre fin à l’opacité sur les fonds publics. C’est apaiser le sommet de l’État. C’est recentrer l’action publique sur des priorités claires : emploi, pouvoir d’achat, soutien au secteur privé, réforme de l’administration. Réparer, c’est reconnaître les erreurs de ces deux ans. C’est tirer les leçons de la crise de la dette. C’est construire un nouveau contrat de confiance avec les Sénégalais, les investisseurs et les partenaires.

Et ce nouvel accord trouvé avec le FMI, qu’importe l’appellation (structuration ou traitement de la dette, reste une bouée de sauvetage. Nous devons le prendre comme telle : non pas comme une perfusion palliative avant la mort, mais comme une opportunité historique pour amorcer une nouvelle impulsion, pour produire de la richesse, pour relancer notre économie. C’est un outil, pas une finalité. Un levier, pas une béquille. À nous de le transformer en tremplin pour une croissance durable, inclusive et porteuse d’emplois.

Le Sénégal mérite mieux que des tribuns qui cassent. Il mérite des hommes et des femmes d’État qui réparent. Il mérite des dirigeants qui assument leurs responsabilités, qui respectent les institutions, qui protègent les classes moyennes, qui libèrent le secteur privé, qui restaurent la confiance. Ils ont tout cassé. À nous de tout reconstruire.

Assane DIOP
Pôle Recherche, Veille et Analyse du Cercle des Cadres de la République des Valeurs

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