Félicitations à Sadio Mané. Le 19 septembre à Bambali, en Casamance, il a fait ce qu’aucun ministre de l’agriculture n’a réussi à faire depuis que le PASTEF est au pouvoir : poser la première pierre d’une vraie usine. 11,7 milliards de sa poche, 500 hectares, 1000 emplois, 4 unités pour transformer la mangue. Pas un séminaire, pas une maquette, une usine.
Pour comprendre pourquoi c’est important, il faut se rappeler d’où on vient.
Il y a eu d’abord feu Baba Diaw avec SenegIndia à Fanaye. 20 000 hectares donnés par l’État, on nous promettait une usine sucrière, de la tomate industrielle, des milliards d’investissement. Au final rien. La terre est devenue une rente pour lever des fonds, les paysans ont perdu leurs champs, il y a même eu un mort en 2011. L’État donnait le foncier, le promoteur ne rendait jamais l’usine.
Ensuite il y a eu Thione Niang, avec JeufZone. C’est autre chose sur la forme, c’est plus moderne. Un gars de la diaspora, ancien de la campagne Obama, qui revient avec un discours panafricain, qui mobilise des milliers d’hectares, qui lance FarmShare pour que la diaspora investisse. L’intention est bonne, je ne dis pas le contraire. Mais sur le fond, le problème reste le même. Où est la chaîne de froid ? Où sont les usines ?
Pourtant, aujourd’hui à Ross-Béthio, 448 000 tonnes de riz sénégalais sont bloquées dans les silos pendant qu’on continue d’importer 910 000 tonnes. On a juste remplacé le bulldozer par le storytelling.
Le PASTEF est arrivé en dénonçant avec raison le modèle Baba Diaw. Mais deux ans après, force est de constater qu’il a simplement recyclé le modèle Thione Niang. On a remplacé l’agrobusiness de rente par l’agrobusiness d’annonce. On a remplacé les inaugurations de Macky par celles de Sonko et Diomaye. Le décor a changé, le désordre est resté, il s’est même organisé en doctrine.
Le Sénégal est devenu spécialiste du projet qui n’a besoin que d’une caméra. On pose une première pierre, on fait un long discours sur la Vision 2050 et la souveraineté alimentaire, et on laisse les producteurs avec 40% de pertes. On annonce 23,5 milliards d’investissements, on fait des forums, mais sur le terrain, depuis 2024, pas une seule unité de transformation de mangue n’est sortie de terre. Sauf celle d’un footballeur.
Et c’est ça la leçon de Bambali. Mané nous prouve que 500 hectares bien maîtrisés valent mieux que 20 000 hectares annoncés. Qu’un mec qui met son propre argent est plus crédible qu’un promoteur qui ne risque que l’argent de l’État. Et que la vraie souveraineté, ce n’est pas juste produire, c’est transformer. Purée, séchage, beurre de mangue, c’est là que se crée la valeur.
À ce que je sache, il n’a demandé ni terre gratuite, ni exonération, ni comité interministériel. Il a acheté, il a investi, il a embauché des techniciens, pas des communicants.
Alors si le PASTEF veut vraiment rompre avec cet héritage, de Baba Diaw à Thione Niang, qu’il ne vienne pas inaugurer SM10 AGRO dans 18 mois pour récupérer le projet. Qu’il amène juste l’électricité à Kountoubou, qu’il bitume la piste Bambali-Sédhiou, et qu’il laisse ceux qui travaillent.
Dr Madior Ly









