Dans une note d’analyse, l’économiste et expert financier Alioune Sarr revient sur la reprise de la coopération entre le Fonds monétaire international (FMI) et Dakar, scellée autour d’un prêt de 2,2 milliards de dollars étalé sur 36 mois. Ce programme, écrit-il, « apporte un soutien macroéconomique indispensable pour stabiliser un cadre budgétaire fortement détérioré par la révélation de dettes cachées ». Le programme intervient dans un contexte budgétaire fortement dégradé, la dette publique ayant atteint 132 % du PIB fin 2024.
Une pression fiscale accrue sur les ménages et les PME
La mise en œuvre de la « Stratégie de recettes à moyen terme » constitue le premier front identifié par Alioune Sarr. Pour les entreprises locales, l’élargissement de l’assiette fiscale et le renforcement des contrôles fiscaux réduisent l’autofinancement des PME/PMI, limitant leur capacité d’innovation et d’expansion. Du côté des ménages, Alioune Sarr est catégorique :
« L’augmentation probable des taxes indirectes (TVA, accises) et de la fiscalité de consommation renchérit le coût de la vie et pèse directement sur le panier de la ménagère, touchant plus durement les ménages à faibles revenus. »
Rigueur budgétaire : moins de commandes publiques, moins d’emplois
La rationalisation stricte des dépenses de l’État constitue le deuxième volet de l’analyse. Selon Alioune Sarr, le gel ou le report des projets d’investissement non prioritaires prive les prestataires locaux et le secteur du BTP de débouchés majeurs. Sur le marché du travail, l’économiste est tout aussi direct : « Le plafonnement de la masse salariale publique limite les recrutements dans la fonction publique et gèle la revalorisation des salaires, accentuant la précarité sur le marché du travail. »
Une surveillance semestrielle du FMI qui réduit les marges de manœuvre
Enfin, Alioune Sarr prévient : « La mise sous tutelle semestrielle par le FMI restreint la capacité du gouvernement à adopter des mesures d’urgence ou des politiques de relance autonomes face à d’éventuels chocs futurs (inflation, crises climatiques). »
Un arbitrage coût-bénéfice qui pèsera sur trois catégories d’agents économiques
L’expert financier résume l’impact attendu du programme sur trois catégories d’agents économiques : les ménages, qui devraient voir leur pouvoir d’achat diminuer sous l’effet de la hausse de la fiscalité indirecte et de la baisse des aides et subventions ; les entreprises et PME, confrontées à une contraction de leurs carnets de commandes, une baisse de leurs marges et un risque accru de faillites ; et les travailleurs, qui devraient faire face à une stagnation des revenus et à une précarité de l’emploi formel.
« Bien que ce prêt de 2,2 milliards de dollars évite la faillite souveraine du Sénégal et restaure la crédibilité financière internationale du pays, son coût social et économique interne est élevé », conclut Alioune Sarr, pour qui l’économie locale devra supporter 36 mois de politique budgétaire restrictive, au profit du rétablissement des équilibres financiers du pays.
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