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Autoroute Dakar-Saint Louis, les récriminations des populations de Pambal

 Dans un mémorandum adressé à l’AGEROUTES, le collectif pour la défense des intérêts fonciers économiques et sociaux des populations de la commune de Pambal a porté plusieurs récriminations sur la mise en oeuvre du projet de réalisation de l’autoroute à péage Dakar-Tivaouane-Saint-Louis. D’emblée, ces populations se disent pleinement conscientes de l’importance stratégique de cette infrastructure pour le développement du Sénégal et c’est pourquoi, elles n’ont jamais manifesté d’opposition au projet qui constitue à leurs yeux, un levier de croissance économique, d’intégration territoriale et de désenclavement. 

Cependant, le collectif indique dans le mémorandum, que ce projet d’intérêt national ne saurait être réalisé au détriment des droits des populations riveraines, de leurs activités agricoles, de leurs moyens de subsistance et de leur avenir économique. Mais malheureusement selon l’avis exprimé à cet égard, force est de constater que plusieurs engagements pris lors des phases de préparation du projet n’ont pas été respectés, tandis que certaines décisions techniques soulèvent de sérieuses interrogations quant à leur justification, leur impact socio-économique et leur conformité aux exigences des partenaires techniques et financiers. 

C’est fort de ces considérations que les populations de Pambal formulent les revendications dont la satisfaction est de nature à garantir une mise en œuvre plus équitable du projet. Parmi ces revendications, elles citent la suppression du diffuseur de Pambal, à la suite d’une « décision aux conséquences lourdes ». Selon le collectif, ledit diffuseur était initialement prévu pour desservir la Commune de Pambal. À ce jour selon les termes du mémorandum, « aucune étude économique, sociale ou territoriale n’a été rendue publique pour justifier une telle décision ». Pourtant à en croire le collectif, la Commune de Pambal dispose d’atouts majeurs avec une vocation agricole reconnue à l’échelle nationale, un important potentiel de développement agro-industriel, un marché hebdomadaire dynamique, une population active fortement engagée dans la production agricole. Et d’un tel point de vue, il est clair selon les protestataires, que la suppression de ce diffuseur compromet durablement l’attractivité économique de la commune, l’installation d’investisseurs, la compétitivité des productions agricoles, les échanges commerciaux, le développement territorial.

C’est dans ce sillage que le Collectif demande « la communication des études ayant motivé cette suppression, à défaut, la réalisation d’une étude indépendante d’impact économique, le rétablissement du diffuseur afin de préserver les intérêts stratégiques de la Commune de Pambal. Le collectif a par ailleurs mis le curseur sur le non-respect des engagements, concernant les passages inférieurs, malgré les assurances données lors des consultations publiques, d’en réaliser environ tous les 1,5 kilomètre, afin d’assurer la continuité des activités agricoles. 

« Or, ces ouvrages ont été omis malgré les besoins réels des populations. Cette omission entraîne l’enclavement de plusieurs exploitations agricoles, des détours importants, une augmentation des coûts de production, des difficultés de circulation des personnes, des animaux et du matériel agricole » lit-on en outre dans le mémorandum destiné à l’AGEROUTES.

Le Collectif constate par ailleurs pour s’en désoler avec inquiétude, que les ponts de traversée sont actuellement fermés à la circulation. Et au-delà de cette fermeture, ces ouvrages présentent des défauts techniques majeurs avec la pente longitudinale trop raide, pour permettre le passage sécurisé des animaux d’élevage, des charrettes, des véhicules de traction hippomobile largement utilisés dans les activités agricoles. Pour les populations, ces ouvrages ne répondent donc pas aux réalités de mobilité des populations rurales. Et d’un tel de point de vue, cette situation prive aujourd’hui les exploitants agricoles de l’accès à plusieurs milliers d’hectares de terres cultivables, au moment même où débute la saison des pluies.

Sur la longue liste des conséquences qui en découlent, le mémorandum cite l’impossibilité d’effectuer les semis, le risque de perte totale des récoltes, une baisse importante des revenus agricoles, l’aggravation de la précarité alimentaire. C’est donc sans filtre que le Collectif interpelle I’AGEROUTE sur le sort réservé aux agriculteurs empêchés de cultiver leurs terres, notamment la prise en charge les pertes économiques liées à cette situation. Il s’y ajoute la nécessité d’assurer « la réouverture immédiate des ouvrages lorsqu’elle est techniquement possible, la correction des pentes afin qu’elles soient compatibles avec les déplacements des populations rurales, la mise en place de solutions provisoires jusqu’à l’achèvement des travaux correctifs ».

 « RECLAMATION D’UN AUDIT INDEPENDANT DE L’ENSEMBLE DES INDEMNISATIONS »

 Le comité a également mis l’accent sur le fait que la réalisation de l’autoroute, a interrompu plusieurs pistes rurales traditionnellement utilisées par les populations. C’est ainsi qu’aucune voie parallèle n’a été aménagée, pour assurer la continuité de ces dessertes. Pire encore, devant ces manquements, les agriculteurs sont contraints de traverser des exploitations privées, créant de nouveaux conflits fonciers. 

Après avoir demandé la construction de bretelles parallèles adaptées aux besoins des exploitants agricoles et des éleveurs, le Collectif constate que plusieurs indemnisations ne correspondent pas aux standards habituellement appliqués dans les projets financés par la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale. Cette situation nourrit un profond sentiment d’injustice au sein des populations affectées. 

C’est ainsi qu’il a réclamé un audit indépendant de l’ensemble des indemnisations, la publication des méthodes d’évaluation utilisées, la régularisation des montants insuffisants. Le silence de l’AGEROUTE face à toutes ces problématiques est perçu par les communautés de la commune de Pambal, comme une caution implicite. C’est pourquoi, le Collectif demande une clarification publique des responsabilités entre l’AGEROUTE et les exploitants de carrières, la suspension des pratiques abusives, le contrôle strict des exploitations autorisées, la remise en état des sites dégradés, l’indemnisation des personnes victimes de préjudices. 

Et pour une prise en charge globale et efficaces de tous les problèmes qui ont posés sur la table des revendications, le comité prône l’organisation dans les meilleurs délais, d’une rencontre de haut niveau entre I’AGEROUTE, les autorités administratives et le Collectif de défense des intérêts fonciers, économiques et sociaux de la Commune de Pambal.

Les populations de Pambal ont en conclusion réaffirmé leur attachement à la réussite du projet d’autoroute Dakar – Tivaouane – Saint-Louis, mais restent convaincues que sa réalisation ne peut produire tous ses effets bénéfiques, que si elle est faite dans le respect des engagements pris, des droits des populations affectées et des principes de justice, d’équité et de transparence. Et pour elles, « le présent mémorandum se veut une contribution constructive à la recherche de solutions durables et anticipe sur les velléités d’actions de contestation qui couvent au sein des populations. Il traduit donc la volonté des populations de privilégier le dialogue, la concertation et la responsabilité ». 

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