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« Le Parti, la Patrie et la Nation » (Par Moustapha SAMB Responsable de la formation doctorale au Cesti)

Un parti politique est une entité dotée d’une âme, une organisation identifiée par son représentant qui est investi ou élu pour la conquête du pouvoir. Un chef qui orchestre la dynamique et impulse l’animation avec des orientations claires. La coalition est un regroupement de partis pour imposer un poids électoral capable de gagner des élections. C’est pourquoi,  le Président Bassirou  Diomaye Faye a jugé nécessaire de mettre sur pied un parti politique (KIIRAAYE). Le parti est une base, un soubassement. Cependant, il n’est pas exclu de voir des partis politiques nouer des alliances dans le cadre d’une grande coalition électorale. Le parti est un moyen, un instrument pour conquérir le pouvoir. La patrie n’est pas le parti. Elle est une finalité puisque tout ce que le parti engage doit prendre en compte la patrie qui regroupe la population et les masses laborieuses.  Le parti est partisan, la patrie renvoie plus ou presque à la nation. Elle inclut le sentiment d’appartenance, elle désigne le pays où l’on est né ou auquel on appartient comme citoyen, et pour lequel on a un attachement affectif. L’Etat, lui, regroupe les trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). Il désigne aussi les fonctionnaires et les institutions. Quant à la Nation, elle est une communauté humaine qui partage un territoire, une histoire et une culture, et qui souhaite vivre ensemble. Toute action d’un homme politique doit prendre en compte l’opinion. La patrie doit juger positivement ou négativement les actions du gouvernement. Le peuple est donc juge et son verdict est implacable puisqu’il départage les protagonistes en période électorale. C’est pourquoi, la patrie doit ressentir l’impact des politiques gouvernementales sur ses conditions de vie et les progrès économiques réalisés au profit de la Nation. Le chef de l’Etat sait bien ce qu’il dit quand il lance cette boutade «La Patrie d’abord ».  Quand on gouverne,  on doit avoir comme souci permanent, la réalisation d’un bilan palpable qui apparait comme une caution pour d’éventuels succès électoraux. C’est le peuple qui fait gagner des élections.

Le PASTEF, majoritaire dans l’attelage étatique et gouvernemental (d’avril  2024 à mai 2026) a tourné le dos au Président à peine  deux ans de Co gouvernance. Il fallait donc, pour le chef de l’Etat, une nouvelle trouvaille politique,  un instrument  pour garantir son KIIRAAYE et s’assurer d’un encadrement  compétent dans sa gestion de l’Etat. C’est ce qu’a piloté le Docteur Aminata Touré (ex Premier ministre), Superviseur Général de la coalition Diomaye Président, une femme de courage, de détermination et d’expérience.

Rien n’est plus faux que de penser que l’arène politique est composée de bons et de méchants, de transhumants et d’hommes de conviction. C’est une lecture simpliste. Tous les hommes politiques de tous bords ont des origines diverses et des trajectoires multiples et ils ont pour la plupart fréquenté les partis traditionnels comme  le PS, le PDS, AJ/PADS, l’APR, l’URD, l’AFP, REWMI etc. et ensuite  les nouveaux partis et mouvements plus ou moins récents qui aujourd’hui se retrouvent pour la plupart versés dans la nouvelle configuration PASTEF/KIIRAAY. Ce qui prouve, qu’il est impossible de faire de la stigmatisation car tous les partis sont composites, hétérogènes et éclectiques. Aucun parti n’a le monopole de la morale, de l’éthique ou du patriotisme. De nos jours, les idéologies classiques sont rangées aux calendes grecques. Tous les partis se battent pour accélérer leur massification parce que l’élection est d’abord une question de voix. En politique, il ne faut jamais sous-estimer l’adversaire. En Angleterre, le parti conservateur au pouvoir depuis 13 ans, jusqu’en 1964, l’a appris à ses dépens en sous-estimant le parti travailliste historiquement  composés de syndicats et d’ouvriers.  En France, le Général De Gaulle en 1965 en a été victime face au jeune candidat peu connu M. François Mitterrand.  De Gaulle pensait que la victoire était à portée de main. Il n’a pas fait campagne au premier tour   dans une élection au suffrage universel  pour la première fois dans le cadre de la Ve République. Il est mis en ballotage par Mitterrand. C’est pourquoi De Gaulle, déçu, a fait campagne au second tour avant de remporter l’élection. Il est vrai que l’électorat acquis change difficilement d’avis car il ne s’expose aux médias que pour renforcer ses convictions de départ mais il y a beaucoup d’électeurs potentiels à recruter dans le lot des  indécis grâce à une communication directe de face à face. Cette communication interpersonnelle est d’une importance capitale surtout avec l’implication des leaders d’opinions et des grands électeurs qui sont pour la plupart des identités remarquables.

Le Parti  KIIRAAYE doit donc avoir comme viatique, la massification à outrance, l’occupation organisée du terrain,  des médias et surtout des réseaux sociaux, l’écoute des populations et l’humilité envers ces dernières, dans la langue du terroir. Le pouvoir a des limites et des contraintes dans sa communication et même dans sa propension à faire des promesses. L’obstacle qui se dresse en premier devant le pouvoir c’est son bilan. Le pouvoir n’est  à l’aise qu’en brandissant des acquis et des réalisations. Tout le contraire de l’opposition qui gère le Ministère de la parole et qui peut allègrement surfer dans les promesses électorales. Quand on est aux commandes, la marge de manœuvre est réduite concernant les promesses et on fait rêver difficilement. L’opposition quant à elle a l’excuse de n’être responsable de rien et peut profiter de cette position confortable pour vendre son programme qui des fois comporte des aspects purement mirifiques. Dans cette perspective, les deux ans de gouvernance du PASTEF ont  bien affaibli pour ne pas dire éclaboussé leur discours en permettant à une frange importante de la population de douter du fameux projet  et des fois de leurs symboles et représentants.

Par ailleurs, KIIRAAYE pour avoir un bon positionnement dans l’espace politique national,  doit mettre en avant des valeurs. Et la quintessence de sa  philosophie doit être : Ouverture, Tolérance, Paix, Démocratie, Travail et surtout Respect à la République. Ni l’Etat, ni le Parti ne sont la Patrie. Il faut donc pour satisfaire les populations, accomplir, au-delà des discours, l’œuvre de transformation du Sénégal. Il faut que les projets sortent de terre et que les changements soient visibles. KIIRAAYE vient de naitre, ils ont des atouts non négligeables : des centaines de maires élus au suffrage universel plus beaucoup de partis et de mouvements ont rejoint l’entité.

 Le travail ne fait que commencer puisqu’il faut renforcer toutes les zones qui peuvent faire basculer le vote en période électorale : Dakar, Thiès, Diourbel y compris Mbacké et Touba, Kaolack et Saint-Louis, Tambacounda et la Casamance bref tout le Sénégal et dans les villages les plus reculés. PASTEF, né en 2014, a encore plus d’ancrage et reste très populaire. Il y a donc un travail de massification et de terrain à faire surtout en direction des primo votants et cela suppose des moyens considérables. On ne fait pas de la politique avec des discours, il faut mettre les acteurs dans de bonnes conditions.

L’adversité politique doit se faire avec fermeté mais aussi avec mesure et modération car il n’est pas exclu que des retrouvailles inattendues se produisent demain entre factions rivales. Il ne faut jamais insulter l’avenir. Pour l’heure, les urgences sont clairement identifiées. Il s’agit d’augmenter le pouvoir d’achat des sénégalais, apporter des solutions audacieuses à l’emploi des jeunes, améliorer le système de santé et le plateau technique médical encore en deçà des standards internationaux, renforcer les moyens aussi bien au niveau de l’éducation nationale que de l’enseignement supérieur, mettre en œuvre les réformes issues des forces vives et lutter efficacement contre la corruption. Enfin, les citoyens en général et les partis politiques en particulier doivent faire de ce crédo une religion, à  savoir que notre ancrage dans la Constitution et le respect de la République ne sont plus négociables.

Dr Moustapha Samb Professeur titulaire des universités

Responsable de la formation doctorale au Cesti

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