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Dakar ou New York. Ma conviction pour le Sénégal de 2029 (Souleymane Gadiaga)

Je fais partie de ceux qui, depuis le début, ont soutenu la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Ce soutien n’était pas de circonstance. Mais précisément parce que j’ai soutenu cette candidature, je crois pouvoir poser aujourd’hui une question : le Sénégal a-t-il davantage besoin de l’expérience de Macky Sall à New York qu’à Dakar ?

Cette interrogation naît d’un constat et d’une inquiétude personnels. Depuis environ deux ans, le Sénégal traverse, à mes yeux, une période particulièrement préoccupante sur les plans économique, social et politique. Les difficultés sont ressenties dans la vie quotidienne : emploi, agriculture, coût de la vie, eau, électricité et perspectives offertes à la jeunesse. Je ne prétends pas que tout était parfait avant 2024, ni que toutes les difficultés actuelles peuvent être imputées aux autorités actuelles. Mais je constate que les signaux qui étaient hier porteurs d’espoir sont aujourd’hui, pour beaucoup de Sénégalais, devenus beaucoup plus préoccupants.

Je tiens cependant à le dire clairement : la force du Sénégal reste la solidité de ses institutions. Je m’en félicite. Je ne mets donc pas en cause la République ni ses institutions. Ce qui m’inquiète, c’est le comportement et les affrontements politiques de ceux qui les incarnent. Deux ans après l’alternance, les divergences apparues au sommet de l’exécutif et la rupture politique entre les principales composantes qui avaient porté le pouvoir actuel constituent, à mes yeux, un véritable sujet de préoccupation. Une majorité élue pour accompagner l’action présidentielle s’est progressivement éloignée de cette ligne, tandis que les tensions politiques se sont installées. Les Sénégalais qui espéraient une nouvelle étape de stabilité et d’efficacité ne peuvent que s’interroger.

Je ne dramatise pas cette situation : je la considère déjà suffisamment sérieuse pour qu’on ose en parler. Dans un pays qui cherche à attirer des investissements, à restaurer la confiance économique et à offrir des perspectives à sa jeunesse, les querelles politiques persistantes ne constituent pas, à mes yeux, un signal rassurant. La dégradation de la confiance et les incertitudes sur la trajectoire du pays doivent être regardées en face, sans passion excessive mais sans complaisance.

C’est dans ce contexte que je pose la question du retour éventuel de Macky Sall aux responsabilités nationales en 2029, si le cadre constitutionnel et institutionnel le permet et si les Sénégalais sont appelés à se prononcer librement. Je ne donne pas une leçon. Je donne mon opinion et j’exprime mon sentiment de citoyen.

Macky Sall a dirigé le Sénégal pendant douze ans. Il connaît l’État, son administration, les mécanismes économiques et financiers, les grands projets, les partenaires internationaux et les réalités de la gestion d’un pays. À mes yeux, cette expérience constitue un capital national qui ne devrait pas être écarté du débat par principe.

Parallèlement, sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies m’amène à réfléchir aux limites du système multilatéral. Les Nations Unies jouent un rôle essentiel pour la paix et la coopération internationale. Mais le futur Secrétaire général devra composer avec les rapports de force entre États et avec les mécanismes du Conseil de sécurité, notamment le rôle des cinq membres permanents et leur droit de veto. Les guerres et les crises internationales montrent combien il est difficile, pour l’Organisation, de faire prévaloir une action collective lorsque les grandes puissances ne parviennent pas à s’accorder.

Les mécanismes des Nations Unies ne sont pas ceux d’un État. Un Secrétaire général peut dialoguer, mobiliser, alerter, proposer et exercer une influence diplomatique considérable. Mais il ne dispose pas des mêmes leviers qu’un chef d’État pour agir directement sur l’économie, l’emploi, les finances publiques, l’agriculture, les infrastructures ou les politiques sociales d’un pays.

C’est pourquoi ma réflexion a évolué. Je continue de respecter l’importance de la candidature de Macky Sall aux Nations Unies, que j’ai soutenue dès le départ. Mais je me demande désormais si, compte tenu de la situation du Sénégal, son expérience ne serait pas plus directement utile à Dakar qu’à New York.

Mon appel n’est pas un appel à effacer l’alternance de 2024 ni à affaiblir nos institutions. Il s’agit, à mes yeux, d’ouvrir un débat sur la manière dont le Sénégal peut corriger sa trajectoire. Si, en 2029, les conditions juridiques et institutionnelles le permettent, et si Macky Sall souhaite lui-même revenir dans la compétition politique, les Sénégalais pourront examiner son bilan, son projet, son équipe et les autres offres politiques, puis décider librement.

Pour moi, « remettre le Sénégal sur les rails » ne signifie pas le retour d’un homme providentiel. Cela signifie restaurer la confiance, consolider l’économie, créer des emplois, soutenir la jeunesse, améliorer les services essentiels, renforcer la cohésion nationale et redonner au pays une perspective. Si je pose aujourd’hui la question du retour de Macky Sall, c’est parce que je considère que son expérience peut faire partie des ressources dont le Sénégal doit pouvoir débattre.

Je ne demande à personne de partager ma conviction. Je demande simplement que le débat soit ouvert, libre et démocratique. Je le pose avec respect pour ceux qui pensent autrement, mais aussi avec la conviction que, face aux difficultés que nous traversons, le Sénégal ne peut se permettre d’écarter aucune expérience susceptible de contribuer à son redressement.

Dakar ou New York ? Pour ma part, ma conviction est aujourd’hui claire : dans la situation que traverse notre pays, l’expérience de Macky Sall pourrait être plus utile au Sénégal à Dakar qu’aux Nations Unies à New York. C’est une opinion personnelle, un appel au débat et une réflexion sur notre avenir commun.

Souleymane Gadiaga
Citoyen sénégalais — Opinion personnelle

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