Il est des êtres dont le passage sur terre ne se mesure ni en mois, ni en années, mais à l’aune de la lumière qu’ils infusent dans les cœurs et de la paix qu’ils sèment dans le sillage de leurs pas. Neuf années se sont écoulées depuis ce 22 septembre 2017, jour où Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine fut rappelé à son Seigneur. Pourtant, l’empreinte de sa majesté spirituelle et l’écho de sa sagesse demeurent inextinguibles.
Al Amine n’était pas seulement un guide ; il était une boussole pour la République et un sanctuaire pour l’âme humaine. Mystique à la clairvoyance redoutable, il portait dans son regard immuable la profondeur des océans et dans son verbe, la fulgurance de la vérité. Synthèse vivante et sublime de l’altruisme rigoureux de son père, Mame Khalifa Ababacar Sy, et de la générosité infinie de son illustre homonyme, Seydi Abdoul Aziz Sy Daabaax, il fut le point d’équilibre de notre Nation. Vigie infatigable de l’Islam, il a su allier l’exigence de la foi à l’amour inconditionnel de la patrie, incarnant jusqu’au dernier souffle ce précepte qui lui servait de viatique : « Khutbul watan, minal imaan ».
Mais au-delà de l’icône drapée dans le mysticisme de Tivaouane, j’ai eu le privilège inouï de connaître l’homme dans ce qu’il a de plus intimement humain, bien avant que les suffrages ne fassent de moi le maire de Thiès.
À chacune de nos rencontres, loin du tumulte dakarois, sous les cieux de Paris ou de New York, le temps semblait suspendre son vol. Il m’accordait une écoute d’une prodigalité rare, une attention qui dépassait de loin toutes mes espérances. Son fils, Serigne Moustapha Al Amine, et le regretté maire de Tivaouane, Adama Fall, furent les témoins privilégiés de ces moments de grâce où le Khalife se dépouillait de sa solennité pour endosser les habits d’un père affectueux. Il me considérait non seulement comme un disciple, mais véritablement comme son propre fils.
C’est dans l’intimité de ces échanges qu’il m’élevait par ses confidences. Avec une humilité bouleversante, il me racontait les coulisses de la haute diplomatie confrérique, évoquant ses rapports empreints d’une profonde fraternité avec Serigne Elhadji Bara et Serigne Cheikh Sidy Makhtar Mbacké. C’est dans le secret de ces relations tissées par la grâce qu’ils réussirent, ensemble, à conjurer le spectre de la division, offrant au Sénégal la beauté inestimable de célébrer la Korité et la Tabaski à l’unisson. Il m’enseignait, par l’exemple, que l’unité n’est pas un vain mot, mais un édifice qui se bâtit dans le secret des cœurs purifiés par l’effacement de soi.
Soucieux de chaque palpitation du Sénégal, il s’enquérait constamment de la situation du pays. Devant l’adversité ou les crises politiques, il n’hésitait jamais à descendre dans l’arène de la médiation, parlant le langage de la vérité aux protagonistes pour sauvegarder cet idéal suprême : l’intérêt général.
Son altruisme n’était pas une posture, il était ontologique. Je garde au plus profond de mon être le souvenir poignant de ces moments où, à l’étranger, au moment de nous séparer, il glissait invariablement une somme d’argent entre mes mains. Son regard se faisait alors d’une douceur infinie, et il me disait simplement : « Je sais que vous donnez tout aux démunis. » Il lisait en moi avec la limpidité de ceux qui voient avec la lumière de Dieu.
La plus grande marque de distinction qu’il m’ait jamais accordée ne fut ni un titre, ni une fonction, mais un mot, un seul, par lequel il aimait me présenter à ses interlocuteurs. Il ne disait pas que j’étais son talibé. Il disait : « Voici mon COLLABORATEUR. »
Quelle incommensurable leçon d’humilité. Un pôle de la spiritualité tidjane, un héritier du trône de Maodo, élevant un citoyen au rang de collaborateur dans son œuvre de construction humaine et sociale.
Neuf ans après son départ, sa voix charismatique s’est tue, mais sa parole, telle une source souterraine, continue d’abreuver nos consciences. Je resterai éternellement redevable des prières dont il m’a gratifié et des conseils qui continuent d’éclairer mon chemin.
Puisse la miséricorde infinie d’Allah l’envelopper dans les plus hauts degrés du Paradis. Puisse son héritage de concorde, de probité et d’amour continuer de veiller sur ce Sénégal qu’il a tant chéri.
Repose en paix, vénéré père. Ton « collaborateur » ne t’oubliera jamais.
Talla SYLLA









